MITZIC pôle de formation

 

MITZIC: PÔLE DE FORMATION DE L'ELITE ADMINISTRATIVE DU GABON

INDEPENDANT.

Par Rodolphe Ndong Ngoua Oyono Eyang.

 

La nécessité pour les autorités du Gabon indépendant de s'entourer des compétences, afin de constituer la première haute administration, fit que, dans un contexte marqué par la pénurie des cadres, tous ceux qui disposaient d'une formation scolaire, même sommaire, trouvèrent là une opportunité d'accession au sein de la hiérarchie administrative. Dans ces conditions, les anciens élèves de l'École Normale de Mitzic (E.N.M.), à l'instar des anciens pensionnaires des écoles supérieures métropolitaines et des centres de formations de Brazzaville, n'éprouvèrent aucune difficulté à investir les plus hautes fonctions de l' administration1.

Le fait que ces anciens élèves des grandes écoles françaises, brazzavilloises et mitzicoise

(E.N.M.) occupèrent une place centrale dans la vie administrative du Gabon s'expliquait, comme nous l'avons dit ci-dessus par la pénurie des cadres dirigeants autochtones. En effet, en 1960, le

Gabon était l'un des États nouvellement indépendant à avoir le plus souffert du départ des administrateurs métropolitains. Pas étonnant, dans ces conditions, que la formation des hauts cadres de la République constituât l'un des premiers objectifs de sa politique éducative. Le vide créé par le départ des administrateurs français, conjugué au manque de cadres, fit la fortune d'un groupe restreint d'agents de l'État. Pour ces derniers, le séjour dans une grande école ouvrait la voie à une ascension rapide dans l'administration. Les grandes écoles de Mitzic, Brazzaville et de l'hexagone étaient perçues, non seulement comme des centres de formation et « d'entraînement » des futurs dirigeants de l'administration, mais également comme des lieux de sélection de l'élite administrative du Gabon indépendant.

 

1) MESSI ME NANG Clotaire, MOUNDZIEGOU MOUSSAVOU Aimé, Le Malaise Gabonais. Élites et société au

Gabon, Paris, L'Harmattan, 2005, P. 63.

 

 

Les Mitzicois, les hauts fonctionnaires ayant suivi leur formation à l'École Normale de

Mitzic, constituaient les premiers contingents de moniteurs et instituteurs gabonais. L'instauration des concours professionnels, pour l'accès aux échelons supérieurs de l'administration, de même que la possibilité de changement de corps, qu'offrait la réforme administrative de 1957 à 1960, leur fut largement favorable.

La ville de Mitzic fut la première du Gabon à bénéficier d'une formation de niveau scolaireé quivalent véritablement au niveau secondaire. Les nouvelles autorités du Gabon indépendant puisèrent largement dans le vivier Mitzicois. Ce vivier forma le gros des admis aux concours administratifs et aux stages de perfectionnement en France, d'où l'existence du phénomène des doublons. Les doublons étaient des fonctionnaires appartenant à la fois à deux réseaux d'accès à la haute administration: les réseaux Mitzicois et Brazzavillois. Plusieurs hauts fonctionnaires de l'époque appartenaient à ces deux grands réseaux. Le besoin de techniciens profita aux Mitzicois,de telle sorte qu'ils constituèrent la totalité du groupe des doublons. L'École Supérieure du Trésor,

L’Ecole Nationale des Impôts, l'École Supérieure de Police ainsi que l'École Supérieure des Postes et Télécommunications étaient leurs destinations privilégiées. Contrairement à leurs homologues de l'Institut des Hautes Études d'Outre-Mer (I.H.E.O.M.), ancienne École Nationale de la France d'Outre-Mer (E.N.F.O.M.), ils ne faisaient pas tous partie du corps des administrateurs civils. Leurs qualifications (inspecteur du trésor, du travail, de police, des impôts etc.) étaient plus diversifiées2.

En somme, le passage par l'École Normale de Mitzic apparaissait donc, sous la première « démocratie », comme l'une des voies principales d'accès à une responsabilité administrative, ce qui entraînait une homogénéité de la haute fonction publique gabonaise. Plusieurs facteurs étaient de nature à favoriser la naissance d'un esprit de corps entre membre d'une même promotion. Bien qu'une association d'anciens élèves de l'E.N.M. ne fut mise en place à cette époque là ou de nos jours, le sentiment de solidarité fut profond entre membre d'une même promotion. Le type d'enseignement dispensé à Mitzic différait de celui de l'université. L'enseignement de l'École

Normale de Mitzic mettait l'accent sur la formation pratique. Cet enseignement était complété par des stages dans les administrations. Ce qui permettait aux élèves d'être en contact avec la réalité du terrain.

 

 

2) MESSI ME NANG Clotaire, MOUNDZIEGOU MOUSSAVOU Aimé, Le Malaise Gabonais. Élites et société au Gabon, Paris, L'Harmattan, 2005, P. 63-66.

 

 

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