LE CONGRES DE MITZIC DE 1947

LE CONGRES DE MITZIC DE 1947 : Définitions, Objectifs et enjeux.

Par Cyriaque AKOMO-ZOGHE
Chercheur au GRENAL (Groupe de Recherches sur les Noir-e-s d'Amérique Latine) à l'Université de Perpignan (France)

 

 

Définition :

Le Congrès de Mitzic, est selon l'histoire le premier sommet international qui rassembla tous les Fañ de l'Afrique centrale, notamment, ceux du Gabon, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo, etc, en vue de re-débusquer l'immense patrimoine culturel que leur avait légué leur Ancêtre Afiri Kara. Aussi, ce Congrès consista à protester contre l'occupation européenne et à re-définir les clauses de leur installation dans cette région stratégique de l'Afrique centrale, considérée selon eux, comme un espace stratégique sur le plan sociopolitique, culturel, linguistique et économique. C'est le début de ce que j'appelle la Fanguisation de la sous-région.

Ce fut la première tentative du peuple fañ à prendre à bras le corps son destin en souhaitant ériger dans cette zone une très grande Nation fañ, ayant des Institutions selon le modèle fañ. D'après, Julián BIBANG OYEE, La migración fang, Dulu Bon Be Afrikara, Ávila, Ed. Malamba, 1995, p. 17, cette énorme entreprise vit le jour au Cameroun vers les années 1925 sous la dénomination d'ETAT AYONG (l'Union du peuple). Et les protagonistes furent le peuple Béti (l'ensemble, Ewondo, Eton, etc.), les Bulu, les Fañ, les Ntumu et les Okak. Mais, c'est en 1947 que, hormis les groupes et sous-groupes que nous venons de citer, s'ajoutèrent les Mekè (Mekègn), les Zaman, les Mvègn et les Bene. C'est dire que tout le peuple fañ était au rendez-vous. A l'issue de ce Congrès, Léon Mba Minko, futur premier Président de la République gabonaise fut nommé premier Président de l'UNIFANG (l'Union du peuple Fang), nom donné à ce Congrès. Par conséquent, quels furent les principaux objectifs de cette rencontre ?

 

Les objectifs :

Pour mieux comprendre les motivations de l'organisation de ce Congrès fañ, il paraît judicieux de retracer succinctement dans un premier temps le climat politique qui prévalait à partir des années 1940 jusqu'en 1947. D'abord, ce qu'il faut retenir c'est qu'en 1947, le peuple fañ vivait déjà de multiples agressions externes non seulement de la part des Colons français et allemands, mais aussi de la part des populations autochtones ainsi que des populations qui vivaient déjà sur les côtes gabonaises. L'année 1946 marqua particulièrement les esprits suite à l'entrée des premiers députés gabonais en l'occurrence à l'assemblée nationale française. Celui du Gabon fut enlevé par Jean-Hilaire Aubame lors du scrutin du 10 novembre 1946. Toujours en 1946, Léon Mba, après son retour d'exil avait fondé le Comité Mixte Gabonais. Donc, pour les Fañ en général, c'était l'occasion de s'imposer face à ce foisonnement d'idées libertaires et face à ce sentiment d'appartenance à un ensemble dit homogène, inaliénable et socialement bien structuré.

Aussi, convient-il de le souligner que les événements des années 1940 marquèrent le début de la fin du régime colonial, ponctué par une intensification de la lutte des peuples colonisés contre leurs oppresseurs et un recul de plus en plus accéléré de l'emprise coloniale, selon, Nicolas METEGUE N'NAH, Histoire du Gabon, des origines à l'aube du XXIème siècle, Paris, l'Harmattan, 2006, p. 128. Les Gabonais exigèrent, en échange de leur sacrifice, de plus en plus de droits, de liberté et d'autonomie, lançant ainsi le processus qui devait aboutir à leur indépendance. Dès la fin du mois de janvier 1944, se tint à Brazzaville, sous la présidence du général de Gaulle, une conférence réunissant les gouverneurs et gouverneurs généraux des colonies françaises, baptisée « conférence africaine française de Brazzaville », avait pour but de réfléchir sur l'amélioration de l'administration coloniale française. Par conséquent, pendant que tous les Africains se battaient pour acquérir leur indépendance, y compris les Fañ, qui, intérieurement, avaient d'autres intentions celles notamment de créer une scission complète avec leurs pays d'accueil pour enfin fonder un Etat souverain fañ. Vous trouverez les principales raisons de cette tentative de dissidence sur le plan social, plus bas dans notre developpement. Il fallait, dans le même ordre d'idées, définir les stratégies de lutte contre une éventuelle domination coloniale ou celles des autres peuples voisins. De ce fait, la nécessité et l'urgence de fanguiser la sous-région était une préoccupation majeure.

Par suite, la lutte pour l'acquisition de l'indépendance au Gabon constituait singulièrement un double enjeu pour le peuple fañ. Pour cette raison, toutes les passerelles qui s'offraient à eux furent minutieusement exploitées ainsi que toutes les velléités pour la création de leur Etat autonome, avaient été dans l'imaginaire collectif un Idéal à atteindre. Tous les Ancêtres avaient œuvré pour qu'enfin voit le jour cet énorme projet. Mais, malheureusement, pour ce qui concernait l'intégration et la politique française au Gabon, ce désir de s'autonomiser sonna le glas de son hégémonie dans ce pays. En filigrane, se fut la naissance d'une prise de conscience collective du peuple fañ à vouloir re-vivre selon le parangon d'Odzambogha, la patrie d'antan. Vous comprenez par là que le souhait des Fañ de vouloir se détacher de leurs pays d'accueil permis indubitablement aux Occidentaux de leur mettre la main dessus pour mieux les maîtriser enfin comme ce fut le cas.

Sur le plan culturel, notamment pour ce qui est de la religion, les Congressistes visaient aussi à la perpétuation du culte Biere car il incarne la déification des Ancêtres chez ce peuple. Il est considéré chez les Fañ comme étant une pratique religieuse capable de résoudre les maux qui minent leur société. Il est pragmatique, juste, tolérant, impartial, amour et inévitablement compatissant. Car il matérialise à la fois les relations entre chaque Fañ et Nane Ngoghe et le dieu de celle-ci. Les reliques de Nane Ngoghe constituent le support de ces relations, mieux de cette alliance. On peut voir, dans le terme Biere la déformation, au fil des siècles, du mot hébreu bérit qui veut dire « alliance », d'après l'ouvrage de Paul MBA ABESSOLE, Aux sources de la culture fan, Paris, l'Harmattan, 2006, p. 57. C'est cette « alliance » que ce Congrès visait afin que tous, à l'unanimité, oeuvrassent pour l'unification de tout le peuple fañ de l'Afrique, ce fut une mission jugée très « noble » par ses pairs. Allant dans le même ordre d'idées, à l'issue de ce Congrès, les participants ressentirent la nécessité de choisir un emblème à partir duquel tous s'identifieront. Ils choisirent un gros arbre, symbole d'« Adzab ou Aza », c'est-à-dire « un grand arbre de la forêt gabonaise », d'ailleurs, il convient ici de le rappeler que c'est l'un des plus grands arbres que possède notre forêt, voir, Paul MBA ABESSOLE, p. 60. Et son tronc servit au peuple fañ de rejoindre l'autre rive pendant leur migration. Par conséquent, tous s'accordèrent pour le choix de ce dernier comme symbole de l'UNIFANG. C'est au Département du Woleu, en plein cœur de la ville d'Oyem qu'ils trouvèrent cet arbre, baptisé en langue fañ : « NKUM EKI » ou « NKUM EKIEGN » selon les régions, c'est-à-dire « une colonne d'acier », voir Marc MVE BEKALE, Pierre Claver Zeng et l'art poétique fang, esquisse d'une herméneutique, Paris, l'Harmattan, 2001, p. 82. C'est ce grand arbre qu'on retrouve sur l'emblème du drapeau de la Guinée Equatoriale car, Macias NGUEMA BIYOGO, premier président de la République équato-guinéenne, était en faveur de ce projet, alors pour le matérialiser dans son pays, il suggéra à ce que cet arbre, symbole de l'UNIFANG apparût sur le drapeau de son pays, selon les dires de ma grand-mère originaire de ce pays. Aussi, en 1972, fit-il un voyage aux Etat- Unis, pour demander aux Conseils de Sécurité de l'O.N.U de proclamer solennellement l'UNIFANG comme un Etat indépendant et libre, voir Liniger GOUMAZ, La Guinée-Equatoriale. Malheureusement, le projet n'aboutit pas parce qu'il fut le seul à plaider pour cette cause.

En effet, depuis plusieurs décennies, cet arbre promouvait l'épanouissement de tout le peuple fañ de la sous-région, tant sur le plan social que sur le plan intellectuel, culturel et économique. Selon les dires de mon défunt père, AKOMO ZOGHE Simon Pierre, la force du peuple fañ y résidait. Car disait-il qu'à chaque rentrée académique, tous les grands féticheurs du pays fañ, c'est-à-dire ceux du Gabon, Cameroun, de la Guinée Equatoriale, du Congo, etc, se retrouvaient au pied de cet arbre une fois par an afin de faire des sacrifices aux Ancêtres en immolant poules, canards, cabris, moutons, etc. A l'issue de ces sacrifices, tous les vœux que ces derniers émettaient se réalisaient à coup sûr. Selon lui, leurs vœux les plus chers étaient de demander à ce que tous leurs enfants soient toujours les meilleurs dans leurs études ; que le peuple fañ aille toujours de l'avant ; que les récoltes, la chasse, la cueillette et l'agriculture se fructifient davantage et que la paix règne éternellement en pays fañ. Tous les participants à cette cérémonie se tenaient de garder scrupuleusement le secret car si l'un d'entre eux le divulguait à un profane, un malheur grave devrait s'abattre sur lui et les siens. Parfois, le dévoilement du secret par l'un des congénères anéantissait le pouvoir de ce rituel annuel.

Malheureusement, ce fut le cas lorsqu'un fils du Woleu-Ntem s'en alla, pour ses intérêts personnels le divulguer auprès de certaines hautes personnalités de la République. Comme conséquence, une importante cargaison des soldats de la Garde présidentielle de l'époque descendit à Oyem au mitan de la journée pour abattre cet arbre, jugé par ses propriétaires «d'énigmatique et magique ». Ce qui advint ce jour-là, c'est qu'avant que ces soldats ne vinssent l'abattre, l'arbre lui-même prit feu, ce, pendant six mois. C'est de cet arbre dont notre illustre et admirable chanteur, Pierre Claver ZENG EBOME, rend hommage dans son titre « NKUM EKIEGN ». Les témoins du déclin de « NKUM EKIEGN » sont toujours en vie et gardent à jamais ce souvenir dans leurs mémoires, à l'exemple de moi-même qui vous parle. C'était pendant mes années au lycée. Je vis comment les éclairs apparurent au ciel au mitan du jour, comment le ciel s'assombrit soudainement et j'entendis le tonnerre gronder avec fureur. Les ancêtres étaient en colère me dirent certains vieillards témoins eux aussi de ce génocide culturel. Le soir, on surprit les notables du pays fañ soliloquer que le peuple était à terre et qu'il était vaincu. Deux jours plus tard, deux importants fils du pays fañ qui avaient participé à l'édification de ce Congrès décédèrent, paraît-il avec des larmes aux yeux, voyant leur espoir s'ébranler sans qu'ils n'aient rien pu faire, selon les dires des présents ce jour là.

Sur le plan moral, les Fañ souhaitaient par la même occasion répandre au sein de leur territoire leur monde moral qui comporte huit notions de base. Selon Paul MBA ABESSOLE, p. 71, elles forment quatre couples dont les éléments sont opposés. Les unes sont positives et les autres négatives: « l'ordre(akom) opposé au désordre(abira/abirane) ; le bonheur(mvè) opposé au malheur(abé/abi) ; la droiture(soso) opposée à la déviation(nsem) et la force positive (éki) opposée à la force négative(évus). Dans le même Congrès, le code moral fañ, rédigé depuis 1942 par notre frère Camerounais ATANGANA, cité par Paul MBA ABESSOLE, à la p. 76, fut exposé. Il stipule : « Ne pas tuer quelqu'un de sa parenté, son homonyme ou son camarade du rite dans la guerre, par ruse, par sortilège ; Ne pas commettre un homicide pour motif de jalousie secrètement ou publiquement; Ne pas commettre le vol d'un objet important en préjudice de son prochain ; Ne jamais calomnier quelqu'un ; Ne pas mentir au préjudice d'un autre ; Ne jamais se marier avec une femme de la parenté paternelle ou maternelle, ni avec sa belle-mère ou son beau-père ; Ne jamais prendre le bien d'autrui par force ; Ne jamais voler quelque chose qui soit un signe, signe appelé dzamba ; Ne jamais dire à un non-initié les secrets du rite ».

Aussi, le rappelons-nous, d'autres valeurs furent dictées, selon le même ouvrage de Paul MBA ABESSOLE, p. 79, à savoir : « La première valeur qui caractérise la communauté fang est la concurrence. Les Fang sont continuellement en concurrence dans leur propre famille, car on veut toujours faire mieux que les autres : mieux que son grand-père, mieux que son frère, mieux que sa femme, mieux que son mari et, à plus forte raison, on veut faire mieux que tous ses voisins, etc. Le respect de la hiérarchie. La communauté fang est traditionnellement stable, chacun sait le niveau auquel il se situe et le rôle qu'il doit y jouer, etc. Le sens de l'histoire. Chez les Fañ, la généalogie est une intégration dans une histoire. A partir d'elle, chacun sait qu'il a une histoire à la fois personnelle et communautaire, etc. La gestion de la communauté. Les Fang, comme chacun sait, n'avaient pas de rois. Ils sont foncièrement républicains. Chacun gère souverainement son clan. Personne d'autres ne peut lui imposer une décision », p. 80.

Sur le plan économique, ce Congrès visait aussi à garder le monopole de la protection de la caféiculture et la cacaoculture qui se développèrent au Woleu-Ntem grâce au dynamisme de sa population à la proximité des territoires du Cameroun et de la Guinée espagnole où l'écoulement de la production était assuré à des prix suffisamment rémunérateurs. Selon Jacqueline BOUQUEREL, Le Gabon, Paris, Presses universitaires de France, 1970, p. 61 : « Les Fang possèdent deux types de champs, l'Esep ou jardin d'hivernage et l'Oyon ou le champ de la saison sèche ». Elle ajouta : « En dehors des champs, chaque famille a son jardin derrière les cases et celui-ci est consacré à la bananeraie, à la culture de certains condiments, de plantes médecinales et d'un arbuste, l'iboga,... » p. 61. Cet esprit d'entreprenariat des Fañ constitua un grand danger dans l'intégration française au Gabon. Ils mangeaient copieusement, la nourriture abondait leurs champs, ils exportaient même des vivres vers leurs pays frères, le Cameroun et la Guinée Equatoriale. Ils n'attendaient l'aide de personne, ils étaient habitués à s'autogérer et à se prendre en charge. Car, selon Jacqueline BOUQUEREL, p. 34 : « Le groupe le plus important, celui des Fang occupe le Woleu-Ntem où il domine la culture du cacao et où il s'est d'abord implanté ». Ce Congrès avait également permis au peuple fañ de mettre en-dehors de l'agriculture, l'instruction de leurs enfants au centre de leurs préoccupations en les envoyant dans des grandes Ecoles afin de percer le mystère de l'homme blanc et pourquoi pas le rivaliser par le biais de la science. A ce propos, il est souvent raconté dans mon village à Mitzic que l'Homme fañ, depuis sa rencontre avec l'Homme blanc, cherche toujours à le rivaliser. Mais, cela se passait toujours sur le plan mystique, car plusieurs de nos aïeux nous racontaient des histoires occultes faisant allusion à certains de leurs frères et amis qui possédaient d'énormes avions à la hauteur de l'actuel Air Bus de l'Union européenne et y faisaient des voyages à travers le monde. Dans ce monde occulte, il est souvent dit que l'homme fañ dominerait farouchement l'homme blanc.

Dès lors que les Colons français se rendirent compte que le peuple fañ était indépendant et entreprenant sur le plan économique avec la culture du café et du cacao, et qu'il envoyait ses enfants dans les grandes Ecoles de l'A.E.F, édifiait de belles maisons et s'offrait même le luxe d'économiser d'énormes sommes d'argent pour financer les « dots » de leurs fils aînés, il y en avait qui achetait des armes à feu en Guinée Espagnole ou au Cameroun et, petit à petit, le sentiment de dissidence le gagnait. Il pouvait vivre sans l'aide de leurs Etats d'accueil ni même sans l'aide française. Alors, ce fut une menace pour les Français de voir jaillir ces idées sécessionnistes de jour en jour chez ce peuple qui à l'époque était très craint par l'héroïsme de son histoire. Pour briser cet énorme projet, les colons décidèrent de détruire la principale source d'acquisition des sous des Fañ en négligeant la culture du café et du cacao, qui plus tard fut complètement jetée aux oubliettes. Le but de tout cela était de créer finalement leur dépendance à travers la production de l'Okoumé, et plus tard du pétrole. La production du pétrole devint le label de l'Etat gabonais qui, en fin de compte, oeuvra ostensiblement à la suppression de l'agriculture dont les Woleuntemois furent à l'avant-garde.

Sur le plan social, ce Congrès avait aussi permis la re-définition du comportement que le peuple fañ devait adopter vis-à-vis de ses concitoyens avant que ce projet vît le jour. Quant à leurs rapports quotidiens avec les « Etrangers » ou voisins non-fañ, ils décidèrent de s'en méfier. En outre, connaissant bien que chez les Fañ le concept de l'« Etranger » était très vulnérable. Car pendant la migration, à chaque fois qu'un étranger arrivait dans un village fañ, les hommes demandaient à leurs femmes et à leurs enfants de se cacher pour se rassurer que ce dernier n'ait pas de mauvaises intentions. Etant donné qu'ils étaient des guerriers, tous les faits et gestes quotidiens faisaient l'objet d'analyses. Alors, l'apparition d'un étranger était problématique. C'est pour cette raison qu'ils voulaient à tout prix garder leur sang pur sans vouloir le métisser. A ce propos, ils appelaient cela: «Assam ayong », c'est-à-dire : « diluer ou affaiblir le sang » en d'autres termes, « conserver la pureté du sang fañ», ou « garder un sang homogène » pour que survivent les pans entiers de leurs cultures et traditions. Aussi, les vieillards disaient que leurs mœurs ne concordaient pas avec celles des autres peuples de la sous-région de l'Afrique centrale. Ils pensaient qu'ils perdraient leurs valeurs les plus nobles en se mélangeant avec ces différents peuples dont ils ignoraient les fondements culturels. Mais, ne voyez pas derrière ce souci de préserver la pureté du sang un désir de vivre en autarcie. Qu'à cela ne tienne, l'ouvrage de Paul MBA ABESSOLO, à la p. 55, nous donne une réponse : « On ne peut pas parler de discrimination ni de racisme, mais d'une défense de son identité dans un certain contexte historique que la plupart dont, en dehors de l'islam, personne ne voit la nécessité aujourd'hui. L'esprit d'ouverture se répand de plus en plus ». C'est dire que le peuple fañ, loin d'être renfermé sur lui-même, prône la convivialité entre ses concitoyens et l'ouverture à d'autres civilisations. Pour l'illustrer, les Fañ épousent de nos jours des femmes d'origines diverses (africaines, européennes, asiatiques, américaines, etc.) et de différentes races : (blanche, jaune, métisse, rouge, etc.)

Un autre aspect qui fut non négligeable dans l'organisation de ce Congrès l'UNIFANG était le choix de la dénomination du groupe tout entier. En effet, selon l'ouvrage de P. ALEXANDRE et J. BINET, Le groupe dit PAHOUIN, (Fang-Boulou-Béti), Paris, l'Harmattan, 2005, p. 4 : « C'est ainsi que le Congrès de Mitzic de 1947, réunissant les Fang, des Boulou, des Ntoumou, Mvae ou Mvègn, Fong, prit le nom de Congrès Pahouin, Ntoumou, Boulou, Mvaé et des Fong se refusant à être englobés dans l'appellation « fang » ». Nous voyons parmi tous ces groupes, la prééminence du groupe Fang, qui, déjà était le plus représentatif et le mieux connu. Alors, par souci d'unité, ils voulurent que le reste du groupe s'identifiât à travers leur appellation, ce qui, selon les sources orales fut un casse-tête pour le groupe tout entier. Pour ce faire, l'on observa des mouvements de revendications identitaires de la part de certains groupes qui insistèrent sur leurs particularismes qui ne faisaient pas d'eux, de facto, des Fañ. Il y avait indubitablement quelques différences que l'on pouvait noter sur le plan linguistique, notamment pour ce qui se rapporte à la prononciation de certains mots et expressions.

Toujours sur le plan social, le Congrès de 1947 prônait également la réunification et la pacification du peuple fañ par rapport à la guerre d'Oban qui opposa les Bulu contre les Ntumu et Okak, d'après Philippe LABURTHE TOLRA, Christiane FALGAYRETTES LEVEAU et GÜNTER TESSMANN, Fang, Paris, Ed. DAPPER, 2001, p. 182. Frustrés par la victoire des Bulu, cette perte de la guerre eut pour corollaires le démembrement du groupe Ntumu qui se disloqua en trois groupes, selon les trois pays le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Cameroun. Quant au groupe Okak, les conséquences furent les mêmes à savoir la fraction du groupe dont les membres immigrèrent les uns à Mitzic et les autres en Guinée Espagnole. Tous se replièrent c'est-à-dire, les Okak et Ntumu d'Oyem et de Mitzic vers le sud craignant de nouvelles attaques bulu. Sachant bien que Mitzic était constitué en partie des populations d'origine Okak. Alors, les Bulu restèrent dans l'ensemble orgueilleux et gardèrent leur unité. C'est ainsi que ce Congrès servit d'élément de base pour enfin enterrer les anciennes querelles. Cependant, cette pacification ne prit corps qu'à partir du moment où les belligérants acceptèrent d'enterrer la hache de guerre et lorsque les exposants leur demandèrent de s'étreindre, c'est ce geste qui donna l'appellation d'ELAT AYONG. Ce sera le symbole de cette unification des peuples Okak, Ntumu et Bulu. Enfin, ils définirent en même temps les modalités d'éligibilité à la tête de cet Etat fang. Ces modalités satisfirent toutes les parties, selon les dires des participants. C'est à partir de là que s'est hissé au sommet de l'échelle de ce que j'appelle la Fanguité, c'est-à-dire l'ensemble des valeurs du peuple fañ.

Sur le plan matériel, étant donné que tout fañ sait qu'il n'est jamais seul. Il porte sur lui sa famille et tout son peuple partout où il va et dans tout ce qu'il fait. Il porte une histoire dont il est artisan après tant d'autres. Il assume le passé et le présent et prépare l'avenir, selon l'ouvrage de Paul MBA ABESSOLE, p. 80. C'est dans cette atmosphère que tout le peuple fañ, à travers ce Congrès, voulu également apporter son aide et son assistance aux populations de Mitzic, d'Afane et d'Essone après que ces derniers aient eu environ 4 600 morts pour une population estimée à 16 400 individus durant la période de sécheresse et de famine, qui dans le Woleu-Ntem, en particulier, dura de 1918-1925.

Sur le plan linguistique, les Fañ par l'entremise de ce Congrès devaient veiller à ce que leur langue soit la langue politique, culturelle et d'échange de la Nation fañ. Car selon eux, cette langue n'avait rien à envier aux langues occidentales, d'ailleurs jusqu'à nos jours, beaucoup de linguistes africains et occidentaux pensent que la langue fañ est l'une des plus belles langues d'Afrique et peut rivaliser avec certaines langues occidentales sur le plan lexical et morphosyntaxique. Selon André-Charles HENRY, dans l'avant-propos de l'ouvrage de Samuel GALLEY, Dictionnaire fang-français-français-fang, Neuchâtel, Ed. Messeiller, 1964, p. 9, dit :

Dès ses premiers séjours en Afrique, Samuel Galley éprouva, après beaucoup d'autres, le charme indéniable de la langue fang et reconnut, à son tour, le rôle de premier plan que cet idiome pourrait jouer un jour comme agent de liaison et de culture entre les différents peuples du Gabon.

A la p. 10, il ajouta :

L'avenir de la langue fang au Gabon est lié à l'importance numérique et sociale du groupe ethnique. [...] A côté du français, qui reste au Gabon la langue « politique » et la langue « culturelle » enseignée dans toutes les écoles, le fang peut courir sa chance, comme le souhaitait Samuel Galley, de devenir demain non seulement une grande langue de relation pour toute l'aire Sud-Caméroun et le Nord-Gabon, mais le lien entre tous les autres peuples de la République.

Vous et moi sommes convaincus que les Fañ aiment beaucoup leur langue, ils la parlent partout où l'occasion le leur permet. Sans être narcissique, ni même prétentieux, nous avouons qu'il y a des choses que l'on doit dire avec un minimum d'honnêteté. Parmi ces choses, nous avons l'hégémonie de la langue fañ dans la sous-région si l'on se réfère aux différents pays qui la parlent ainsi qu'à leurs populations. D'ailleurs, l'un des points forts de ce Congrès fut justement l'urgence de la préserver et l'obligation pour tout Fañ de s'exprimer dans celle-ci et de l'enseigner à ses enfants ainsi qu'à la postérité. En effet, la langue étant le vecteur de toute culture, elle se doit d'être pratiquée par ses sujets pour qu'elle puisse survivre afin de constituer entre ses différents locuteurs un moteur d'union et de cohésion sociale. C'est le cas de la langue Fañ en pays fañ.

Nous nous justifions, le fañ est parlé au Gabon, Cameroun, Guinée Equatoriale, Congo et São Tomé et Principe. Ce qui constitue un gros avantage pour l'internationalisation de celle-ci dans la sous-région. Déjà, pour définir la place qu'occupe une langue dans une région, un pays, un continent et dans le monde, il faut partir d'un critère territorial, ce sont les différentes Nations où cette langue est pratiquée qui servent d'échantillon pour enfin désigner si oui ou non cette dernière est la moins ou la plus parlée que toutes les autres. Prenons l'exemple de l'anglais, elle reste incontestablement la première langue du monde, c'est-à-dire, la plus parlée et la plus répandue, suivie de la langue espagnole, etc. L'anglais est parlé presque dans tous les continents, l'espagnol est parlé en Afrique, Europe et en Amérique. C'est cela le critère territorial. Revenons maintenant au critère démographique. Il est moins important dans la mesure où le « Chinois » serait indubitablement la première langue du monde à partir de son énorme population. De même, la langue fañ est parlée comme nous venons de le souligner susdit dans cinq pays d'Afrique centrale. Le chiffre indiquant le nombre exact de ses locuteurs varie selon les sources. Selon, P. ALEXANDRE et J. BINET, p. 12, :« On arrive ainsi à des totaux variant entre 650 000 et 1 500 000 Pahouins, avec un indice différentiel nettement positif ou nettement négatif suivant les auteurs ». Il continue en disant: « Ma propre estimation, environ 820 000 ne tient compte que des Pahouins au sens étroit, en laissant de côté les tribus dont l'appartenance est contestée ». Il termine en ces termes : « Le bulu est devenu la langue commerciale de la région de Kribi. En Guinée Espagnole, fañ et bulu servent de langue commune aux immigrants venant des territoires français. Au Gabon, des dialectes Myéné reculent devant le fañ, de plus en plus utilisé jusqu'au chemin de fer Congo-Océan. Dans les grandes villes -Douala, Yaoundé, Libreville, Port-Gentil et même Dolisie -des dialectes pahouins sont utilisés par des immigrants appartenant à d'autres groupes linguistiques », voir p. 19. Or, si nous prenons en compte ces différentes tribus fañ dont on laisse volontairement de côté pour des raisons souventes fois politique, alors, selon l'Extrait de l'ouvrage Intitulé: Guinée Equatoriale : Cadre Naturel, Économique et socioculturel, de l'Economiste & Informaticien Manene Nsogo J., la population fañ s'étendrait à un total de 5 260 900 de locuteurs, devant le Lingala. Cela dit, le Lingala est parlé dans deux pays de la sous-région, les deux Congos, contre cinq pour ce qui est du fañ. Par conséquent, la langue fañ serait comme l'anglais la langue la plus parlée de l'Afrique centrale en fonction des deux critères territoriaux et démographiques cités plus haut.

En somme, tous les participants à ce Congrès avaient conscience de cet atout majeur qui est la langue, pour la hisser au sommet de celui-ci comme langue, de communication, des affaires, de la culture et de la politique de l'UNIFANG. Cependant, quels furent les enjeux de ce Congrès ?


Enjeux :

Ce qu'il faut signaler dans un premier temps c'est que la ville de Mitzic, depuis son origine, se caractérise comme étant une ville foncièrement opposante. Déjà, en 1905, un poste militaire s'installe alors près du village d'Oveng-Mendoung, qui deviendra (La lara). Pour des raisons d'ordre militaire, il fut décidé d'abandonner le poste de La lara pour fonder celui de Mitzic. En 1933, la circonscription de l'Okano fut à son tour supprimée et alors la subdivision de Mitzic fut rattachée à la région du Woleu-Ntem. Sur le plan politique, Mitzic avait toujours fait l'objet de polémique entre trois anciennes puissances coloniales : l'Allemagne, l'Espagne et la France ; Mitzic étant la limite entre le Gabon et le Cameroun, alors que les Allemands annexèrent le Woleu Ntem, qui, plus tard redeviendra francophone. Nous signalerons aussi la proximité qui caractérise Mitzic à la Guinée Equatoriale vers l'Est. C'est la raison pour laquelle Mitzic suscite des différends aujourd'hui pour ce qui est de sa redéfinition territoriale dans la sous-région. Car selon, La Lettre du Continent N°503, : « Le Gabon et la Guinée équatoriale se disputent non seulement cet îlot Mbanie, baignant dans un océan d'or noir, mais aussi la région de Mitzic, à la frontière terrestre des deux pays, brillant de mille diamants... »

Cette polémique renaît encore de nos jours, car une ancienne carte allemande faite en 1922, concède Mitzic à la Guinée Equatoriale, alors ce Congrès faisait en sorte que Mitzic fût finalement une région stratégique pour ces trois pays. C'est pour cette raison que Lübeck, l'allemand, explora en 1909 les côtes Woleuntemoises qui donna à cette région la dénomination de Woleubourg. Cependant, les Fañ de l'Estuaire éprouvaient déjà de la sympathie pour les Français du fait de leur cohabitation et de leur proximité sur le plan socioculturel, politique et économique. Ceux-ci, c'est-à-dire les Fañ de l'Estuaire luttèrent pour que les régions de Mitzic et du Woleu-Ntem en général reviennent à la France. Et ce fut le cas. Voir, « histoire de Mitzic », dans le site www.e-monsite.com/mindzic/accueil.html ou dans l'ouvrage de Moïse Nkohe Mvé, L'histoire de Mitzic, 1959).

Tous ces postes militaires n'ont été créés que dans le seul but de veiller à ce que l'occupation allemande ne soit pas complètement faite partout dans le Woleu-Ntem pendant la première guerre mondiale de 1914-18. A la fin des hostilités, l'administration coloniale de l'époque abandonna ces postes précités qui, avec Mitzic, composaient la circonscription de l'Okano, selon un décret du gouverneur général de l'ex A.E.F (Afrique Equatorial Française) en 1910. M. Ambert quittera La lara pour fonder le poste de Mitzic, dont il sera le tout premier Administrateur en 1910, comme on le verra plus loin. (Voir, histoire de Mitzic, dans le site www.e-monsite.com/mindzic/accueil.html ou dans l'ouvrage de Moïse Nkoghe Mvé, L'histoire de Mitzic, 1959).

Alors, Mitzic était devenu un foyer de rébellion, la légende du couteau qui l'a toujours caractérisé à cette époque suite à l'installation de la base militaire française dans cette localité naquit à partir de là. Ainsi, Mitzic, et ses tribus ESSIBIS, ESSAMEKOS, etc, avaient aussi joué un rôle prépondérant durant les résistances à cette occupation coloniale, à travers le mouvement, appelé « mouvement de Bidzima ou Bidzime », par une population d'environ cent mille personnes. Très bien organisée, utilisant uniformes, grades, services de renseignements et sections spéciales de combat, elle livra de nombreuses batailles aux troupes coloniales de 1907 à 1909, Nicolas METEGUE N'NAH, p.111.

Cependant, les dissidents jugèrent, de ce fait, utile de se retrouver à Mitzic pour se sentir en sécurité car les Mitzicois n'hésitaient pas à utiliser le sabre pour s'auto défendre, et, petit à petit, cela devint une pratique répandue et ancrée dans les mœurs de ses populations comme nous le verrons plus bas. Considérant que le Congrès de Mitzic allait encore susciter d'autres remous dans la sous région, surtout dans la mesure où le pays sortait de la seconde guerre mondiale, il fallait agir avec tact pour permettre au projet de voir le jour. La ville de Mitzic était de fait, l'endroit idoine pour l'acquisition d'une meilleure sécurité car ses populations, hommes, femmes et enfants qui étaient toujours aux aguets. Aussi, le rappelons-nous, sur le plan politique, au lendemain de la Première Guerre mondiale, il y eut encore quelques conflits armés opposant les autochtones aux troupes coloniales, notamment au Woleu-Ntem, il s'agissait essentiellement des soubresauts qui se produisirent entre 1922 et 1929 toujours dans la subdivision de Mitzic. Donc, ce fut un espace qui refusait de plier l'échine aux soldats français. Petit à petit, sa renommée grandissait en fonction de ses nombreuses prouesses durant les escarmouches qui opposaient souvent sa soldatesque à l'armée coloniale française. Il devint pour ses frères du Nord-Gabon, Sud-Cameroun et de la Guinée Espagnole, un ange gardien.

Mitzic avait également joué un rôle très stratégique et militaire à cette époque, dans la libération du Sud-Cameroun au Nord-Gabon jusqu'à la région d'Oyem, occupé par l'hégémonie de l'armée allemande. Il avait été épargné à cause de l'importante base militaire française qu'il abritait. Donc, le nord du Gabon débutait à Mitzic, et constituait en même temps la frontière avec la partie allemande vers l'extrême nord de l'actuel Gabon (Bitam, Oyem et Minvoul) et le sud du Cameroun. Suite à cette invasion allemande, les populations fañ de l'Estuaire, du Moyen Ogooué, ainsi qu'avec l'aide de l'armée française, à partir du mois d'août 1914 au mois de décembre 1915, trois colonnes, parties de Libreville et Mvadi pour rejoindre le bataillon de Mitzic afin de chasser les Allemands de toutes les positions qu'ils occupaient dans le Nord du Gabon. A l'issue de cette affrontement, Oyem fut libéré le 6 février 1915, Bitam le 17 juillet suivant, Minvoul et Medouneu le 31 août de la même année Nicolas METEGUE N'NAH, p. 144. C'est dans le but de la reconnaissance de ce rôle prépondérant joué par Mitzic à l'époque coloniale qu'il accueillera en 1956 le Collège normal du Gabon qui se chargera de former la plupart des premiers Instituteurs du Gabon, qui sont aujourd'hui des Hauts cadres de notre pays.

Toujours sur le plan militaire, Mitzic avait une extraordinaire danse appelé : « Onguel Elang », se fut une danse guerrière, elle n'était dansée et chantée exclusivement que par les hommes. Ils l'exécutaient pour capturer leurs Ennemis en période de guerre en vue de les humilier, les razzier, les flageller, les torturer et parfois même de les tuer. En effet, les jeunes guerriers entonnaient des chants pour exhorter les vétérans à agir, c'est-à-dire à se jeter sur l'ennemi. Ce chant, d'ailleurs comme tous les autres chants de guerre, tel que le montre Marc MVE BEKALE, p. 73 : « [...] est dominé par l'alternance des stances acerbes et d'un langage guerrier, révolutionnaire, qui conte l'héroïsme d'antan, exalte les valeurs de solidarité, de courage, l'aptitude au combat, la lutte contre les monstres. Le chant apparaît alors comme un lieu de résistance... ». Et lors de l'installation française à Mitzic, plusieurs de ses soldats furent capturés par cette bande de ravisseurs et subirent le même sort que tous les autres. Finalement, victimes de leur infériorité numérique, ces protagonistes furent déterritorialisés plus tard par une très grande expédition des soldats français, de Melen et Bindam leurs villages d'antan, vers l'actuel village appelé Miang, au canton La lara, situé à 100 km de Mitzic en allant à Libreville. Ce village était constitué en majorité de la tribu des ESSAMEKOS ou ESSATUK. Comme nous l'avons déjà souligné, sa légende du couteau fut également un argument très éloquent dans son choix pour abriter ledit Congrès. Selon les sources orales de mon défunt père, AKOMO ZOGHE Simon Pierre, les Mitzicois aimaient se promener avec les armes blanches, notamment, la machette, appelée en langue fañ, Fa, symbole de virilité et de la force ou avec le Nzok mbam, une arme redoutable, figuration de la puissance, voir Marc MVE BEKALE, p. 45. Inutile de le rappeler ici, tous les Woleuntemois connaissent la légende du couteau chez les Mitzicois. Qu'en est-il de celle-ci?

En effet, les Mitzicois vécurent l'un des moments les plus sombres de leur histoire pendant l'occupation française à l'époque coloniale. Pour aller droit au but, car c'est depuis des décennies que cette partie de leur passé est répandue et racontée parfois avec des stéréotypes de tout genre. La naissance de la légende du couteau chez les Mitzicois remonte à la période de l'installation française à Mitzic vers les années 1910, après la création de la base militaire de Mitzic. Les militaires, comme il est de coutume partent toujours célibataires dans leurs différentes missions. Alors, selon les sources orales, il advenait qu'au mitan des journées, pendant que les femmes vaquaient à leurs travaux champêtres, les soldats français les suivaient et se mettaient à les violer sans état d'âme. Cela devenait monnaie courante dans la société mitzicoise, car les hommes n'avaient pas d'armes à feu pour s'opposer à ces derniers. D'ailleurs, mon défunt père me racontait que, souvent, après avoir abusé de leurs femmes, les hommes qui voulaient riposter recevaient chacun à tour de rôle cent à cent cinquante coups de fouet. C'était la raison du plus fort.

C'est ainsi qu'un soir, tous les notables de la Ville de Mitzic et de ses confins se regroupèrent pour définir une stratégie afin de venger leurs épouses. A l'issue de cette concertation, ils retinrent comme moyen de défense les armes blanches telles que : la machettes, couteaux de chasse, canifs, bref, toutes les armes blanches susceptibles de tuer un Etre humain. Quelques jours plus tard, vindicatifs, les hommes décidèrent de suivre leurs femmes discrètement dans leurs champs afin de les protéger contre leurs ravisseurs. Cette méthode produisit des fruits à tel enseigne que de nombreux soldats français abdiquèrent suite à l'expédition menée quotidiennement par les Mitzicois. C'est ainsi que de génération en génération, les parents n'hésitaient pas à dire à leurs enfants en langue vernaculaire que: « Fam d'awule ka Fa », c'est-à-dire qu'un homme ne doit jamais se promener sans machette. C'était tout simplement dans le but de les préparer à s'auto défendre et à réagir immédiatement face à une agression extérieure. Mais, au fil des années, cette pratique est devenue chez les populations mitzicoises un référent identitaire truffé de stéréotypes et préjugés qui les collent à leur peau. Le colonialisme étant « terminé », pourquoi ce préjugé subsiste-il entre frère fañ et gabonais en particulier vis-à-vis des Mitzicois? Or, dans nos rapports avec autrui, pour calquer Marlène Marty, Mots pour Nègres, Maux de Noir (e)s, Perpignan, PUP, 2004, p. 385, lorsqu'elle dit que les représentations collectives, ne l'oublions pas, sont à la base de nos rapports avec l'Autre. Dans quelle mesure, ces représentations ne constituent-elles pas des filtres (inconscients), qui déterminent nos rapports avec l'Autre, en l'occurrence avec la Mitzicoise et le Mitzicois que nous avons en face de nous ?

Sur le plan religieux, Mitzic avait été désigné comme l'une des premières villes du Woleu-Ntem qui eut des premiers curés et prêtres, notamment en 1933, lorsque l'abbé Jean Obam, frère aîné du défunt président Léon Mba, chargé de l'enseignement primaire de la mission catholique de M'foumou, forma les abbés originaires de Mitzic : Jules Mba et Paul Akou, qui, plus tard, intégrèrent le séminaire de Libreville la même année, voir :« la religion à Mitzic », de Sendore, www.e-monsite.com/mindzic/accueil.html. Donc, se réunir à Mitzic, à cette époque était un gage de protection et d'une certaine façon un moyen pour eux d'implorer la bénédiction de Dieu par le truchement de ces curés que nous venons de citer. Enfin, comme dans toutes les villes et villages fañ, bref, en pays fañ, la gérontocratie reste inéluctablement un facteur décisif dans le bon fonctionnement de nos sociétés y compris nos coutumes et traditions. Ainsi, Mitzic est l'archétype et typifie les valeurs d'un véritable village fañ dans lequel l'« ABÂ », c'est-à-dire le Corps de garde reste au centre des décisions prises au quotidien et au bon fonctionnement de la communauté toute entière. A propos justement, Marc MVE BEKALE, pp. 139-140, nous rapporte le symbole du corps de garde dans le poème de Zeng, « ABÂ » en ces termes:


[...] Si tu comptes rester en vie
Tourne le regard à l'intérieur !
Tu veux préserver la lignée
Tout se passe là-bas !
Tu aspires au pouvoir
Ouvre large le paquet !
La réponse se trouve l'abâ ! [...]
Quand s'abat l'adversité
Il y a toujours un présage
Qui l'entend en premier ?
Abâ déclare la guerre
Scelle la paix, te fait époux
Pas une nasse n'est jetée à l'eau
Sans la bénédiction du temple...

Toute cette littérature et philosophie basées sur notre très cher « Agora », que nous appelons « ABÂ », permirent aux habitants de Mitzic d'être à maintes reprises vainqueurs durant leurs multiples combats qui les opposèrent contre leurs Ennemis et permirent également le bon déroulement de ce Congrès.


Références

ALEXANDRE P. et BINET J., Le groupe dit PAHOUIN, (Fang-Boulou-Béti), Paris, l'Harmattan, 2005, 152 p.

BIBANG OYEE Julián, La migración fang, Dulu Bon Be Afrikara, Ávila, Ed. Malamba, 1995, 153 p.

BOUQUEREL Jacqueline, Le Gabon, Paris, Presses universitaires de France, 1970, 127 p.

GALLEY Samuel, Dictionnaire fang-français-français-fang, Neuchâtel, Ed. Messeiller, 1964, 588p.

GOUMAZ Liniger, La Guinée-Equatoriale.

LABURTHE TOLRA Philippe, FALGAYRETTES LEVEAU Christiane et GÜNTER TESSMANN, Fang, Paris, Ed. DAPPER, 2001, 324 p.

MARLENE Marlène, «Dévoilement d'un corpus stéréotypant », in : LAVOU Victorien, Mots pour Nègres, Maux de Noir (e)s, Perpignan, PUP, 2004, pp.379-390

MBA ABESSOLE Paul, Aux sources de la culture fan, Paris, l'Harmattan, 2006, 104 p.

METEGUE N'NAH Nicolas, Histoire du Gabon, des origines à l'aube du XXIème siècle, Paris, l'Harmattan, 2006, 366 p.

MVE BEKALE Marc, Pierre Claver Zeng et l'art poétique fang, esquisse d'une herméneutique, Paris, l'Harmattan, 2001, 191p.

NKOGHE MVE Moïse, L'histoire de Mitzic, 1959).

Sources électroniques

Http//:www.guineequatoriale-info.net/hemero/nsoua.htm - 71k. In, Manene Nsogo J., Guinée Equatoriale : Cadre Naturel, Économique et socioculturel.

http// : www.e-monsite.com/mindzic/accueil.html. In, Sendore, « Les Origines du Nom Mitzic ».

Http//: www.e-monsite.com/mindzic/accueil.html. In, Sendore, « la religion de Mitzic ».

 

 

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Commentaires (32)

1. aymard mba 16/08/2007

Salut frere!Cyriake c'est patron(Bam's}ton petit de mitzic.Je veux te feliciter pour toutes ces connaissances ke tu viens de m'inculker car depuis ke je suis au college j'ai topujours entendu parler de ce concres de lunifang a mitzic et n'avais juske la pas su en koi il consistait.Aujourd'hui non seulement je le sais mais aussi et surtt je sais mieux d'ou je viens et ki je suis....Akiba a modzang.
PS:Est ce ke t'as les news de Sany? moi non juste ke je sais k'il est deja avec Nasser labas au USA mais pour le reste rien.....Allez bien des choses a toi et bon courage a toi!........Slt!

2. Rodolphe Ndong NGOUA 09/11/2007

"MOTE" et non "fame" est, me semble t-il, le mot le plus adéquat qui me vient à l'esprit. Certes "one fame", etre humain de sexe masculin, mais pour moi tu es "MOTE", Esprit, sagesse, logos, une valeur. Ton texte suscite de l'admiration et du respect. Mi mas cordial enhorabuena hermano.

Mong ya N'nang Mbeng, étudiant-chercheur à l'Université François Rabelais de Tours (France).

3. Constantin ESSONO ESSONO 29/11/2007

Il est impossible pour qui que ce soit de tuer le destin de la créature de Dieu. Aussi mon frère je suis en même temps très fière et très content de toi et de celui que tu es, que tu as toujours été, mais certains esprits méchants voulaient tuer en etteignant ta lumière qui était appelée à éclairer toute une génération. Comme le nom de l'association dont tu as été le premier president le dit "ELAM", voilà ce que tu es pour ceux qui comptent sur toi, et même ceux pour qui tu es un obstacle.

Ton article, pour tout bon et vrai FANG, est la lumière qui a éclairé beaucoups de points qui jusque là étaient sombres.

Mi más cordial y sincera enhorabuena hermanito!!!

4. ELAM (Koly) 07/03/2008

On reconnaît la valeur d'un Homme par ce qu'il est et no par ce qu'il a. ELAM, par mavoix (le Président) est fière non seulement d'avoir contribuer à ton épanouissement mais aussi de pouvoir compter et conjuguer avec toi FOCK VE OSSOU ton texte est un chef d'oeuvre tu es un rayon de notre chère ELAM, éclaire tes frères, salut l'atiste!!!!!!!!
Dédicace à tous les fang de la terre, awu mone kou da ndzèm gnia aneum, à nous les viavants et intellectuels fang,réflichissons et voyons dans quelle mesure nous pouvons ressuciter cette vision eternelle. A TOUS LES OKANOIS DE L'ETRANGER? ELAM A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN FINANCIER OU MATERIEL POUR LA REALISATION DE SON PROJET. Que SIEU vous bénisse !!!!!!!!!!!!!!!

5. Raymond NKOGHE NGUEMA 16/04/2008

Je suis de Mitzic, d'Edoung Allang plus exactement. Je suis à l'Ambassade du Gabon en Espagne. Je voudrais tout simplement te dire que je me réjouis et j'encourage ton travail. Tes recherches seront d'un grand apport pour les générations futures. Salut à tous les Mitzicois.

6. Marie Josée Minko 18/05/2008

Quel talent !

Je recherchais quelques informations sur les Fang pour mon devoir d'Anthropologie, lorsque je suis tombée sur votre cite... je ne suis pas de Mitzic, juste une Minvouloise loin de son pays (je suis actuellement à Washington DC). Félicitation.

Sincèrement
Marie Josée

7. Nkom Eborayong 07/10/2008

Mbemba mintilan fo'o a modzang. Kia nde fang bebele nya nlaang ya laeh!?
Une tres bonne recherche, vraiment les fang ont une histoire riche a disseminer a tous!? Une question est-il possible de raviver le rite de l'adzap? Ou est il a jamais oublie et revolu ?

8. Cyriaque Akomo Zoghe 29/10/2008

Mbolo a moadzang Nkom Eborayong!

Ravi de t'accueillir dans notre site de Mitzic et tu es chez toi ici. Bine bia bia!Biabô mam me y'adzâ!

Pour ce qui est du rite Adzap! Je crois bien qu'il est encore possible de le raviver chez nous en pays fang. La preuve en est que les pans entiers de ce dernier sont connus par beaucoup de Fang. J'ai eu la chance personnellement d'assister à ce rituel, il est très laborieux et demande à ce que les différents protagonistes soient d'un courage extraordinaire! Il suffit de se rapprocher de nos sages dans nos villages afin de savoir comment il se passait. Mais, le véritable problème dans tout ça c'est le fait que la jeunesse actuelle fang ne s'intéresse plus à ce genre d'exercice. Et c'est dommage.

Enfin, sache que tout est possible en pays fang. Mekang!

9. Alphonse-Donald Nzé-Waghe 11/11/2008

C'est un prévilège, un honneur, en tant que Mitzicois, de parcourir les pages de ce site et de m'imprégner de l'histoire de notre ville, car elles constituent un héritage certain, une richesse pour les générations actuelle et future. C'est donc, cher frère, une initiative fort louable.
Pour l'enrichir, il serait souhaitable, pour ceux qui sont au Gabon, et précisément à Mitzic, de se rapprocher des mémoires vivantes, afin de collecter et publier les faits marquants de notre vie (règlement de conflits, mariages, loisirs, etc.) et toute la diversité culturelle qui l'entoure.
Akiba.

10. MENGUE M'OBIANG REGINA (site web) 11/04/2009

Aka! des critiques élogieuses fusent de partout! Pourtant ce texte n'a rien de bien particulier. Le discours est très moyen (à la limite du "terre à terre") et le texte n'est qu'un vaste enchainement d'informations historiques. Autrement dit, vous nous racontez l'histoire de notre peuple sans effort d'analyse anthropologique ou historique. C'est une bonne soupe à servir aux lycéens... L'histoire n'est pas "le récit de ce qui s'est passé autre fois mon frère" Les choses sont malheureusement plus complexes que cela, parles-en à tes professeurs en France il t'aideront à construire un discours analytique bien solide.Corriges aussi les nombreuses fautes de syntaxe
Akiba.

11. Arthur NDONG EBEY 13/04/2009

A Régina Mengue d'abord: Je crois que le nombre de critiques élogieuses est un indicateur qu'il faut pouvoir objectivement interpréter. Je ne suis pas historien, mais j'aimerais savoir pour qui écrit-on l'histoire. A Cyriaque ensuite: Il y a certainement une substance positive à tirer des remarques de Régina. En tout cas, l'amorce est là et mérite de l'enrichissement.

12. Cyriaque Akomo Zoghe 29/04/2009

Je vous réponds, à vous, MENGUE M’OBIANG REGINA.


Je vous remercie d’abord pour le temps que vous aviez pris pour la « lecture » de mon article et pour vos remarques. C’est l’objectif même visé par le web master de ce site : les échanges entre individus, la discussion responsable, la préservation de la mémoire collective et individuelle, la promotion de Mitzic ainsi que son patrimoine historique, culturel et socioéconomique, etc. C’est vous dire, chère Madame/Mademoiselle que vous êtes la bienvenue dans notre site. Au regard de la teneur de vos propos, j’ai quand même tenu à vous répondre dès que possible.

D’entrée de jeu, vous dites, je vous cite mot pour mot : « le discours est très moyen (à la limite du "terre à terre") et le texte n’est qu’un vaste enchainement d’informations historiques. Autrement dit, vous nous racontez l’histoire de notre peuple sans effort d’analyse anthropologique ou historique ». Une remarque : « enchainement » s’écrit : enchaînement.

D’abord, pour lever toute ambiguïté, il me semble nécessaire de vous donner la genèse de la rédaction de cet article. En effet, son intention première ne visait pas une quelconque analyse aussi bien historique, anthropologique, sociologique que psychologique, etc., de l’histoire racontée ici. Il a été question de souligner simplement les grands événements qui ont caractérisé le Congrès de Mitzic de 1947. Moi, en tant que fils de Mitzic et dont le père avait une certaine connaissance du sujet pour y avoir assisté, et à la demande de mes frères et amis de MONEFANG.COM, j’ai rapidement rédigé cet article, pour mettre à la connaissance du public le résumé de cette histoire en fonction de ce que moi je savais. Evidemment, l’histoire de s’arrête pas à ce niveau, elle n’est pas classée, ni même indiscutable, chacun possède ou détient d’autres pans de la même histoire, c’est cela le rôle des historiens, c’est-à-dire confronter des opinions afin de trouver une substance unique qui donnerait du crédit à cette histoire. C’est donc avec sagesse et intérêt que je demande aux Sociologues, Anthropologues, Psychologues, Historiens, Ethnologues, Littéraires, etc., d’apporter des analyses critiques, chacun dans son domaine, pour voir la portée scientifique de cette histoire dans une interdisciplinarité objective et prometteuse.

Ensuite, pour ce qui concerne cet article, j’ai choisi une attitude historienne qui s’en tient aux faits en vue de permettre aux lecteurs avisés et non avisés de comprendre le substrat fondamental qui y est véhiculé. Et c’est tout ce que j’ai fait. L’attitude spéculative, l’historiographie ou écriture de l’histoire et l’enquête épistémologique sont l’apanage, au premier chef, des philosophes, des épistémologues et autres littéraires aguerris. Je ne voulais pas être, à cet effet, juge et partie, me comprenez-vous ?

D’autre part, je voudrais que vous me donniez une définition du concept « histoire », car vous déclarez dans votre commentaire, je vous cite encore mot pour mot, que : « l’histoire n’est pas le récit de ce qui s’est passé autre fois mon frère ». Première remarque : je ne suis pas votre frère, on ne se connaît pas du tout, du moins, moi je ne vous connais pas. Deuxième remarque l’adverbe de temps « autrefois » s’écrit en un mot et non en deux mots comme vous l’aviez écrit.

De façon générale, « histoire » en tant que vocable est polysémique, chacun peut lui conférer une acception précise selon l’objectif qu’il veut atteindre. Je définirai simplement l’histoire, contrairement à vous qui n’en proposez pas une seule définition, comme étant le récit et la connaissance des événements qui se sont passés autrefois, c’est-à-dire dans le passé. Cette définition que vous réfutez, me paraît basique, plausible, simple et intelligible. Certains penseurs l’ont défini comme étant la partie du passé de l’humanité connue par des documents écrits ; d’autres pensent que l’histoire est la mémoire des Hommes, le jugement de la postérité. C’est pour cela que Paul Ricœur affirme que l’histoire c’est l’intention de représenter en vérité les choses passées, par quoi se définit face à la mémoire le projet cognitif et pratique de celle-ci telle que l’écrivent les historiens de métier.

Que pensez-vous de l’histoire en tant que succession des événements passés ? En quoi consiste la connaissance historique saisie à l’œuvre ?

En effet, « penser l’histoire » impliquerait soit une conception de l’histoire, soit une connaissance de l’histoire. D’une manière générale, on pourrait distinguer deux manières de penser l’histoire : la manière « réfléchissante » et la manière « déterminante », pour reprendre une distinction kantienne. La première a pour objectif de retirer une signification de la succession et de la diversité des événements et la seconde a pour objectif d’inventorier, répertorier, classer les événements selon des procédures réglées et contrôlées (autrement dit scientifique). D’un côté la conception de l’histoire est soucieuse de comprendre la succession des faits, de l’autre elle est soucieuse de l’expliquer. Cette distinction entre comprendre et expliquer l’histoire peut être utile pour aborder les différentes attitudes face à l’histoire.

Parmi ces attitudes face à l’histoire, on repère notamment l’attitude spéculative, qui propose toujours un modèle fort d’intelligibilité (la Providence, la Rationalité), et l’attitude historienne, qui « s’en tient » au fait. Autrement dit, d’emblée, le travail de l’historien se réfère de manière fondatrice à une vérité qui doit être établie. La re-construction du récit historique, qui se donne à penser comme une restitution sur la base d’une enquête, ne se fait-elle pas nécessairement à partir d’un certain point de vue ? C’est ce qui expliquerait la variété des récits historiques, qui témoignent de l’existence de plusieurs points de vue sur les « mêmes » faits, en raison de la multiplicité des témoignages et des acteurs historiques qui n’ont pas eu la même expérience ni gardé la même mémoire.

Alors, dites moi qu’est ce qui vous taraude dans ce texte ? Sont-ce simplement des éloges qui vous tarabustent? Est-ce le fond ou la forme ? Si l’on s’en tient à la forme, oui vous avez le droit de relever des coquilles et autres mauvaises tournures aussi bien syntaxiques que syntagmatiques. C’est un travail scientifique, et comme tout travail, lorsqu’il est soumis à une critique extérieure, on apprend toujours de nouvelles choses, surtout lorsque cette dernière est positive, logique et constructive. Il y a aussi une manière plus courtoise et circonspecte de faire une critique en vue de faire avancer le débat. De plus, je suis humain, c’est-à-dire susceptible de me tromper, je ne prétends pas être savant ni même érudit, je ne suis qu’un individu en quête perpétuelle de savoir. « Si je me trompe, c’est que je suis ». Aucune œuvre humaine n’est parfaite, alors la mienne étant humaine et par conséquent elle n’est pas parfaite. C’est une définition syllogistique à y réfléchir.

Par ailleurs, vous affirmez également, je vous cite à nouveau, mot pour mot : « […] parles-en à tes professeurs en France il t’apprendront à construire un discours analytique bien solide. ». Remarques : Vous vous adressez à moi en utilisant le « tu », me connaissez-vous ? Avions nous élevé les bœufs ensemble ? Le savoir-vivre voudrait que l’on vouvoie des inconnus. Ensuite, « il t’apprendront » s’écrient ainsi « ils t’apprendront ». Votre commentaire fait à peine sept lignes, et voyez vous combien d’incorrections il y a dans ce bout de texte. Vous comprenez que ce n’est pas aussi facile que ça.

Enfin, l’historiographie, la phase littéraire ou scripturaire vise le mode d’expression de l’histoire ; la phase représentative, lorsqu’il s’agit de l’exposition, de la monstration, de l’exhibition de l’intention historienne prise dans l’unité de ses phases, à savoir la représentation présente des choses absentes du passé. Je me situe dans le volet de la représentation, ce que vous avez appelé niaisement « enchaînement d’informations historiques », en histoire nous l’appelons la phase représentative. On montre ce qui s’est passé tel quel; c’est-à-dire, le « temps vécu », appelé aussi « temps historique » qui est caractérisé selon Ricœur par les attentes, angoisses, craintes, projets, etc. Enfin, ce qui vient trancher ces deux types de temps évoqués par Ricœur est notamment ce qu’il appelle le « Tiers-temps » qui se situe entre le « temps cosmologique » et le « temps vécu », c’est à ce moment que l’histoire commence, conclut-il.

Madame/Mademoiselle, vous ne m’apprenez absolument rien du tout sur l’histoire ainsi que ses différentes articulations. Si l’histoire, dans son acception la plus élémentaire, conçue comme étant connaissance et récit des événements du passé jugés digne de mémoire. Quelle définition universelle et élémentaire donnez vous à l’histoire ? Ensuite, reprenant bêtement la question de mon grand frère Arthur, à savoir, pour qui écrit-on l’histoire ? Quel public vise-t-on ? L’histoire serait-elle uniquement l’apanage des érudits ou des individus jugés « diplômés » des grandes Ecoles ou Universités ? Si oui, l’histoire en elle-même ne se perdrait-elle pas dans les mémoires collectives à force de cibler un public culte et savant ? Si non, l’historiographie connue comme science de l’écriture de l’histoire et comme projet intentionnel visant à la préservation de la mémoire collective, concernerait-elle uniquement les Lycéens ? Ces derniers mériteraient-ils à ce qu’on leur « serve une soupe », comme vous le dites vous-même mot pour mot, une histoire dénuée de tout fondement et caractérisée par une vacuité sémantique tant sur le fond que sur la forme ? Les Lycéens ne possèdent-ils pas la capacité de porter une critique objective et rigoureuse sur l’histoire ?

Cependant, des critiques telles que la vôtre, c’est-à-dire creuses, obscurantistes, mesquines, et vaines typifient, à mon avis, l’expression d’un esprit en pleine gestation, immature et précocement engagé dans des débats rigoureux des Hommes éclairés.

Ensuite, je tiens à vous rappeler que, pour mener à bien ce travail, j’ai opté pour une approche heuristique visant à la découverte d’une autre lecture du Congrès de Mitzic selon les sources orales et écrites dont je disposais. Cette « phase scripturaire », pour paraphraser Paul Ricoeur, a été l’intention historienne, celle de représenter le passé tel qu’il s’est produit lors dudit Congrès. Par la même occasion, je vais vous apprendre une chose si vous ne le saviez pas : pour mieux concevoir, interpréter ou expliquer l’histoire, il y a deux attitudes différentes à garder à l’esprit : l’attitude spéculative et l’attitude scientifique. Qu’est-ce que cela voudrait dire ?

Vous auriez dû vous poser d’abord la question de savoir : quelle fut l’intention visée par cet article ? Quels objectifs voudrait-on atteindre ? La critique en soi n’est pas mauvaise, surtout lorsqu’elle construit, je le répète. Il faut faire des critiques et des propositions factuelles avec des mots et expressions idoines, qui ne portent pas atteinte à la dignité de l’autre. C’est un conseil. Sans réserve, vous vous êtes lancée pieds et mains liés telle une louve affamée voulant dévorer un agneau solitaire dans les buissons.

La sagesse et le bon sens définis, selon Descartes, « comme la chose la mieux partagé au monde » exigeraient, au-delà du questionnement que je viens de vous faire, la pris de recul, c’est-à-dire apprécier le travail dans son entièreté et ensuite souligner de façon claire la/les partie/es du récit qui comporte/ent des contrevérités historiques ainsi que des tournures maladroites que j’ai commises. Vous n’avez rien fait de tel, si ce n’est critiquer maladroitement les quelques lecteurs qui, malgré tout, ont trouvé de la substance dans mon texte. Ensuite vous vous êtes laissez aller puérilement et sottement dans une critique grotesque et étourdie évoquant mon « incapacité » à produire une analyse historique et anthropologique. Alors, je me demande ce que vous savez sur l’histoire et l’anthropologie, qu’avez-vous écrit là-dessus ?

Pour ma part, je vais quand même vous dire, en quelques mots, qui je suis et ce que je fais pour éviter que vous vous adressiez encore aux inconnues de façon abrutie, ganache et discourtoise.

Je fais une thèse de Doctorat au Département d’Histoire et Civilisations à Paris 8. Je suis auteur d’un livre d’Histoire intitulé : La Religiosidad bantú y el evangelio en África y América siglos XVI-XVIII publié en espagnol à Bogotá (Colombie), Editorial Pluma de Mompox, 2008. Je suis également auteur de plusieurs articles sur les études afro hispano américaines, toujours en histoire. Je vous invite à taper mon nom dans google, vous verrez à peu près ce que je fais. Je suis donc écrivain, mon livre d’histoire est étudié dans les Universités hispano-américaines, j’y fais d’ailleurs plusieurs conférences/an. Je n’ai donc pas eu besoin de vos remarques ubuesques pour écrire cet ouvrage d’histoire. Ce n’est pas la France non plus qui m’a appris quoi que ce soit sur ma capacité d’analyse et de production scientifiques. Depuis le Gabon je traîne un bagage culturel non négligeable, mais qu’à cela ne tienne, je me cultive encore de jour en jour, au demeurant, comme tout bon chercheur. Et vous, qu’avez-vous écrit ? Je vérifierai votre nom dans google pour voir à quel niveau vous êtes dans votre « érudition ».

En conclusion, ce que je peux simplement vous dire c’est que :

Vous n’êtes que de mauvaise foi.

1-parce que vous vous êtes attelé à remettre en cause mes « capacités intellectuelles à produire un discours « analytique », ce qui n’a rien à voir avec l’intention de critiquer le fond et/ou la forme de mon travail afin de pouvoir l’améliorer. Vous m’invectivez implicitement sans raisons. Vous avez quand même un sacré « courage » !

Vous êtes, quand même, de mauvaise foi.

2-parce que vous ne faites aucune proposition sur la matière qui est soumise à votre appréciation aussi bien dans le fond que dans la forme. Je trouve, par conséquent, vos remarques superficielles, abracadabrantes et amphibologiques.


Vous êtes, aussi, de mauvaise foi.

3- parce que la critique épistémologique d’un récit historique, doit se faire lorsque vous êtes en possession des outils scientifiques susceptibles d’apporter des éclairages sur le sujet abordé. A ma connaissance, vous me parlez d’une analyse anthropologique et historique de mon texte. De quelle analyse historique s’agit-il ? C’est un récit que je relate, je ne me permettrai pas, en tant auteur du récit, à me critiquer moi-même ou à faire une quelconque analyse là-dessus. Je laisse les autres sciences humaines le privilège de faire ce travail. De plus, vous me parlez de l’anthropologie, moi je n’ai aucune formation dans ce domaine, et je ne saurais m’aventurer dans des disciplines que je ne maîtrise pas. C’est cela l’honnêteté intellectuelle. Si vous me parlez de « l’observation participante » méthode anthropologique visant à interroger des informateurs, oui, je l’ai fait, avec mon père car il fut mon principal informateur.

Vous êtes, encore, de mauvaise foi.

4- parce que vous êtes simplement venu animer la galerie dans un site sérieux qui a besoin des apports extérieurs en vue de son enrichissement à tous les niveaux. L’exhibitionnisme, faire l’intéressant, les remarques et autres commentaires infantiles, doxiques, moutonniers et grégaires, des fariboles nous n’en voulons pas dans ce site. Nous avons besoin des Lumières qui éclairent nos différents internautes.

Vous êtes, enfin, de mauvaise foi.

5- parce que vous parlez de l’histoire sans avoir apparemment des outils nécessaires pour asseoir une critique consistante et objective. Je veux dire vous ne maîtrisez aucune méthodologie historique. Si oui, j’attends votre réponse à ce sujet, on pourra débattre si vous le voulez bien.


Merci

13. NGUEMA MAÑE JUAN ANTONIO 29/09/2009

mbolo boanbedjang besse

je me suis senti a la fois bizare et orguelleux d'etre fang en lisant nottre histoire, je vous felicite, a moadajng fa ve ossou

14. NGUEMA MAÑE JUAN ANTONIO 29/09/2009

Ambolo mes freres et soeurs

A mon humble avis on devrais encourager notre cher Cyriaque pour le travail qu'il fait et voir s'il y a des choses a ameliorer au lieu de le critiquer.

DRH. HOTEL SOFITEL "MALABO PRESIDENT PALACE" Guinée-Equatoriale

15. Cyriaque Akomo Zoghe 02/10/2009

Mbolo a moadzang Nguema juan antonio!

comment vas tu? peux tu me passer ton mail pour qu'on puisse discuter sur la culture fang. Voici mon adresse: akomozoghe@yahoo.es

Akiba,

Mekang

16. AKOMO ZOGHE 11/10/2009

Mitzicoises et Mitzicois, chers frères et soeurs!!!

Notre localité vient d'acceuillir un nouveau Docteur en lettre, j'ai cité: Franck Bernard MVE, de son pseudonyme (Mon chou)à l'Université de Nancy 2, avec les félicitations du jury et le droit de publication de sa thèse.

C'est une fierté et un honneur pour toute la localité de voir notre frère intégrer le rang de l'intelligentsia mitzicoise.

Mitzic OSSUUUUUU!!!!!

Akiba

17. Abeso Tomo Nguema 30/11/2009

Mbolo moadjang Akomo Zoghe,

J ai lu avec beacoup d interet cet article tres important qui revele certains details de l histoire de notre peuple. En particulier, la signification des armoiries qui figurent sur notre drapeau national, ou de ´Nkum Ekieng´.

Je vous encourage a continuer avec vos recherches et, et a ne pas repondre aux provocations.

Akiba Moadjang, Mebe o feing, Mibeng a Mibeng, fabe osuuuu.

Depuis Malabo.

18. Sylvestre MEGNE ME NKOGHE 19/03/2010

Mr AKOMO ZOGHE,

Félicitations pour ta recherche ceci m'a permis de comprendre certains faits de notre belle et jolie ville. Je t'encourage de continuer dans cette voie. J'ose imaginer la difficulté qui était la tienne pour rassembler toutes ces informations mais tu l'as avec brio. Encore une fois merci

19. engueng megne dimitri 03/08/2010

me ne mone nkoedjein ye mekaa nkoedjein meto mone ngone essemvou ye egneng melen je suis tres fiere de toi

20. Cyriaque Akomo-Zoghe 02/01/2011

Mbolo Megne et Engueng Megne!

Je viens de voir ton commentaire, merci et c'est très gentil.

Bonne année 2011.

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